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 RETOUR   chapitre 13, partie 1


un trousseau de clés ...
connaître, et mieux comprendre pourquoi....

clé

Oui, essayer de mieux comprendre quelques aspects de cette histoire minière. Ce nouveau chapitre 13 est une suite : sous la forme de billets indépendants, nous reprenons la forme du chapitre 6, et allons poursuivre ici la chronique, des compléments et réponses  aux questions que nous n'arrêtons pas de nous poser, des questions fondamentales, et quelques autres plus anecdotiques...

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sommaire,  chapitre 13, partie 1

   Attention, un chemin peut en cacher un autre !
          ou, comment François Cabrol a géré le projet de la voie de Firmi à  Marcillac.

Les affiches de concession.

          Le futur du passé, l'avenir minier du causse.

          Un(e) oolithe, qu'es aquo ?  Une histoire de chocolat aux noisettes ! 

L'itinéraire militaire de François Cabrol, des canons aux forges

En campagne, Nicolas, François et quelques autres

Les diamants blancs de la Croisière Rouge

Jogues, plaque tournante du trafic


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sommaire,  chapitre 13, suite, partie 2


un train au Cruou

le legs d'Elie Cabrol

les mines lointaines de Cabrol et Cadiat à Bertholène

le buste perdu de Firmi

La Salle et Lassalle, deux noms, une famille

Travers-banc sur les concessions, un chemin tranquille ? Ou une partie de Monopoly ?

Rouge et verte, les couleurs de Decazeville, l'action !

une lettre du duc, 19 juin 1826, date importante !

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cléPanier d'automne : un train au Cruou, le legs d'Elie Cabrol, les mines lointaines de Cabrol et Cadiat à Bertholène, le buste perdu de Firmi, La Salle et Lassalle, deux noms, une famille

Nos coins préférés de recherche : les ressources de la médiathèque de Rodez, celles des Archives Départementales de l’Aveyron, celles de l'ASPIBD à Decazeville, et quelques autres...

 

cléUn train  au Cruou ? Il s’en fallut de peu…

 

       cruou     Le 24 août 1904, Monsieur Beaumelou, conseiller général, médecin, du canton de Salles Curan, fait à ses collègues au nom de la Commission des Travaux Publics rapport d’une question un peu délicate, que Monsieur le Préfet a cru devoir soumettre. Quelle est donc cette question pour que cette prudence soit de mise ? Il s’agit d’une demande de la Compagnie Commentry-Fourchambault et Decazeville : elle demande l’autorisation de substituer la traction mécanique à la traction par animaux sur la voie ferrée du chemin n°27, c'est-à-dire la route du Cruou. Cette voie était établie en accotement du chemin suite à un arrêté du préfet du 2 juin 1893. Nous avons présenté cette voie et sa genèse, par exemple  dans le chapitre 6 du site.

            Monsieur le Préfet évoque l’importance de la question pour l’avenir de l’industrie métallurgique à Decazeville (rien de moins ! ) et le grave intérêt qu’elle représente pour la population ouvrière qui y est occupée…Pourquoi donc grave ?

            Les conseils municipaux consultés ont dit…non. Et bien d’autres habitants avec eux. Pour leur part les conseillers généraux soulignent les violations répétées faites par la Compagnie de l’article18 de l’arrêté du 2 juin et seul apparemment M. Bos, négociant,élu du  canton de Decazeville, propose d’accueillir favorablement la pétition de la Compagnie, au risque dit-il de priver de travail le groupe d’ouvriers de cette mine. Il semble donc en 1904, après un peu moins de dix ans de présence, que la voie ferrée du Cruou pose de nombreux problèmes aux riverains et usagers de la route.

La Commission avait donc proposé :

-        de rechercher un terrain de conciliation.

-        que la Compagnie s’engage à garnir de ballast l’entre-rail de la voie : cette négligence amène une saillie considérable des rails et provoque une concavité de la voie très gênante pour la circulation.

-        de prier le Préfet de surseoir à tout nouvel arrêté

-        de l’inviter à faire respecter les conditions de l’arrêté du 2 juin 1893.

 

La dernière proposition de la Commission est d’inviter communes et Compagnie à chercher ensemble une solution amiable.

            C’est ainsi que les chevaux vont continuer jusqu’en 1911 à parcourir la belle vallée du Cruou, mais on aurait pu connaître une traction mécanique. Sous quelle forme ? Des locomotives ? La photo aurait été belle mais elle manquera. Il est vrai qu’une photo des chevaux au labeur dans le Cruou  nous manque aussi…

            Cette demande non acceptée a pu être  un des motifs d’installation du chemin aérien, mis en place quelques années plus tard.

 

 

 

cléLes legs d’Elie Cabrol à Decazeville, commune et fabrique

 

      cabrol      Elie Cabrol, fils de François n’est pas inconnu : nous avons sur ce site plusieurs fois évoqué l’artiste, qui écrivit beaucoup de choses, et particulièrement un ouvrage sur le viaduc de l’Ady. Cet hommage à son père permet de conserver une trace de ce beau pont. Si celui-ci a disparu faute d’une attention collective, tout n’est pas à jamais oublié.

            A son décès, fin décembre 1905, le Journal de l’Aveyron mentionne cette disparition et annonce ses obsèques à Decazeville. Le parisien qu’était Elie Cabrol n’était pas totalement oublié dans le bassin, mais il n’était pas non plus une figure locale. On se souvient ici toutefois qu’à l’origine des tableaux du chemin de croix de Moreau, belle œuvre sur les murs de l’église,  payés par lui, il avait tenu à ce que l’artiste reste méconnu. Elie Cabrol était presque mieux connu à Rodez, à la Société des Lettres Sciences et Arts de l’Aveyron. Fin décembre 1905, une semaine après l’annonce de sa disparition, le JdA, dans son édition du 31 décembre, publie un  court texte pour signaler que le regretté défunt a  fait par testament des legs importants : 40000 fr à la commune de Decazeville, une même somme à la fabrique, 20000 fr à la Société des Lettres…pour ne citer que ceux nous concernant directement. Le Journal ne publiera pas de texte pour rappeler  qui était Elie Cabrol…

40000 francs, c’est une somme, mais…il y a un mais !

 

Elie Cabrol demande dans son testament que le legs de 40000 francs à la commune de Decazeville soit employé en rente française. Le capital restera inaliénable, et la commune aura seulement le droit d’en toucher le revenu. De plus ce revenu devra être destiné à contribuer pour moitié avec la fabrique à l’entretien de la chapelle de Miramont, de son enclos. A défaut, ou par inexécution, le capital reviendrait à ses héritiers.

            Curieusement dans le même testament, il n’y a pas la même exigence pour la fabrique, mais il est fort possible qu’un texte semblable particulier la concerne…

Alors, que vont penser les destinataires élus de ce legs ?

            L’accueil va être mitigé, très mitigé même, et pour tout dire assez froid. Le 14 janvier 1906, le JdA publie l’intégralité du testament, pour ce qui concerne la commune, sans commentaires. Le 21 janvier, nouvelle publication sur ce sujet avec la parution d’un billet d’humeur, repris de l’Aveyron Républicain, coincé entre une annonce d’adjudication de boues et celle de l’incendie de l’épicerie de M. Cussac. On note que le JdA ne s’en attribue pas la paternité, et se contente avec des guillemets de publier l’extrait sans ajouter la moindre lettre.

 

            L’Aveyron Républicain évoque  une possible décision négative de  la commune de ne pas accepter le legs. L’accueil des élus n’est donc pas à priori quelque chose d’évident. Le revenu des 40000 francs sera en effet de 1200 francs. Est-ce suffisant pour couvrir les frais de la chapelle, connue aujourd’hui comme mausolée Cabrol ? La question est ouvertement posée. Même avec une participation égale de la fabrique, le sujet mérite réflexion. Que restera-t-il ?

            Tout décompte fait la commune aurait au moins six cent francs de rente annuelle. C’est peu encore une fois ! Serait-ce la première fois que faute de grives on se contente de merles ?

            Le journaliste va ensuite évoquer des circonstances plutôt favorables. Même si le terrain n’est pas reconnu très stable, il pense que la dégringolade n’est pas pour demain

            Et il poursuit avec une question plus abrupte, évoquant la position des élus.

Soyons franc ? Je vais vous dire où le bât blesse ces messieurs. Ils sont furieux contre le donataire. En cela d’ailleurs, ils ne sont que l’écho de la plus grande partie de la population (…) à leur place j’accepterai quand même….Nous sommes pauvres ! Très pauvres ! Acceptons les dons qui nous sont faits quelle que soit leur importance. Le vieux proverbe patois nous y engage : s’il ne pleut pas, qu’il rousine.

            L’histoire, les évolutions financières et économiques font évidemment qu’un siècle plus tard ce legs ne représente plus rien. Est-il d’ailleurs encore dans les mémoires locales ?

            En 2013, la chapelle Miramont, c'est-à-dire le mausolée  Cabrol, est un patrimoine que les élus veulent conserver. Un projet important initié par l’ASPIBD de rénovation, réfection et sauvetage est en cours, mené par la  commune avec l’aide de divers partenaires institutionnels et privés.

Montgeronmontgeron



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Elie Cabrol possédait une importante résidence, aujourd'hui disparue, près de Paris, à Montgeron, acquise par son père François. Est-ce Elie Cabrol qui pose sur cette photographie de fin de siècle, vers 1900 ? Bien possible ! Et en suivant, voici trois photographies prises par Elie dans cette propriété : le photographe n'oublie pas la poésie ! Un beau domaine, propice au repos, bien loin des fureurs métallurgiques du Rouergue connues de François Cabrol...


 doc ASPIBD,  (col SHLM, Montgeron, DR)



  

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Montgeron
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Montgeron



◄ clic : le domaine de Chalandray et ses "villas" n'est plus ! Ce qui peut se découvrir de nos jours n'est en rien comparable....





cléLes mines lointaines et voisines de François Cabrol et Nicolas Cadiat

 

            François et Nicolas se connaissent, très bien. Le premier va chercher le second loin du Rouergue pour en faire un ingénieur en chef  local.  Il faut croire que Nicolas Cadiat va donner toute satisfaction car il sera en poste de 1842 à 1848, temps suffisant pour bien  connaître les ressources locales. Février 1848 et les évènements connus vont voir le républicain Cadiat monter sur les tables et même se présenter aux élections, contre son député d’alors François. Il quittera le Rouergue. Nous avons évoqué tout cela ailleurs. Et pour terminer cette remise en mémoire, signalons que parti à Paris pour une carrière prestigieuse d’ingénieur, Cadiat va ainsi réaliser le pont d’Arcole en 1855, Nicolas se retrouvera face à François, non pour des joutes électorales mais pour des affaires industrielles…Car Nicolas Cadiat revient. Et même si physiquement il ne sera pas très présent, il devient sur le papier directeur des mines à…Aubin ! Quel pied de nez à François ! Voir son ancien ingénieur devenir maître des forges concurrent dans la vallée voisine ! Et qui plus est, avec le comte de Morny, qui n’est pas encore duc, et le comte de Seraincourt, autrefois proprement révolvérisé…

bertholène          

Il y a de la houille en Aveyron, et pas seulement dans le bassin. On sait depuis fort longtemps qu’il s’en trouve par exemple rive gauche de l’Aveyron au dessus de Rodez. Gages, Bertholène, Sensac… L’ingénieur des mines Blavier en 1804 connaissait parfaitement ces ressources, au point de soutenir les efforts de Passelac à Muret le Château pour sa fonte à la houille, minerai du causse et houille de Sensac.

            La première incursion lointaine de Cabrol date de 1838. La date est intéressante. François Cabrol commence alors une deuxième carrière à Decazeville. Il a quitté les lieux en 1833, Decazeville n’existait pas sur le papier. Mais les effets de l’audit d’un actionnaire, Pillet-Will, l’avaient amené à démissionner. Il ne sera officiellement de retour que le 5 mars 1839 comme Directeur Administrateur et les pleins pouvoirs cette fois jusqu’en 1860. La ville est alors en place.

            Une parenthèse : en 1834, le Directeur, nouveau et éphémère,  de Decazeville est M. Costes. Il adresse au Préfet une notice de quelques pages décrivant les établissements de la toute nouvelle commune de Decazeville. Il conclut ainsi : nous ne terminerons pas sans rappeler que l’usine de Decazeville a été construite sur les plans de notre compatriote M. François Cabrol. Qu’il reçoive ici un témoignage de notre reconnaissance. On peut donc penser qu’il y a quelques regrets au départ de François Cabrol.

        bertholène  


concessions demandées en 1850. Il y en aura d'autres en 1854




Le 25 mai 1838 F. Cabrol demandera au Préfet une permission d’établir un haut fourneau et une fonderie à Montrozier. Il précise qu’il utilisera le minerai de fer des Palanges, celui du Monastère, et le minerai en grains du plateau de Bozouls. Pour le combustible ce sera …le bois ! Pour un apôtre de la fonte à la houille cela peut surprendre. On doit alors comprendre que les ressources en bois des Palanges voisines étant abondantes et faciles d’accès, pourquoi se créer des difficultés avec une extraction de houille ? Il y a peut-être un autre argument, plus technique : les fontes au bois ont de tout temps ou presque, et en tout cas à cette époque, une réputation bien supérieure à la fonte à la houille. François Cabrol projetait peut-être des fontes différentes de celles de Decazeville ? La demande n’a visiblement pas abouti…

Bertholène est connu pour ses richesses minières ? C’est donc sans surprise que  les deux industriels d’Aubin et Decazeville apparaissent ici cette fois en 1850. Le 9 septembre 1850, M. Riant dépose une demande de concession de minerai de fer, sur une étendue de 1056 hectares. Tranchées, puits et galeries de reconnaissance figurent sur le plan. Deux mois plus tard ( !), le 18 novembre,  François Cabrol déposera à son tour sa demande de concession, toujours de minerai de fer,  sur une étendue de 762 ha et 40 ares, et pratiquement dans les mêmes lieux. La venue de Riant a dû surprendre F. Cabrol…Ces demandes ont-elles été suivies d’effets ? La juxtaposition des plans ne laisse guère de doute : un a copié sur l’autre…

 

 

            A Aubin la situation est plus récente. Peu avant la moitié du siècle, une usine à fer, celle de M. Riant est dans les cartons : 300 fours à coke, 6 hauts fourneaux et 6 trains de laminoir sont prévus. Après plusieurs péripéties, et quatre ans après les demandes précédentes, le comte de Seraincourt, principal actionnaire ici présent demandera une concession à Alboy, près de Rodez. Nicolas Cadiat, directeur va ainsi apparaître dans les textes officiels. Le 28 janvier 1854 il fait sa demande, qui sera publiée dans Le Palais, journal judicaire de l’Aveyron le 2 avril 1854. La demande est en fait antérieure, du 5 septembre 53, mais avait été jugée irrégulière dans la forme. La Compagnie Minière et Métallurgique du bassin d’Aubin renouvelle donc sa demande. La motivation est simple : alimenter les hauts fourneaux pour les laminoirs et ateliers d’Aubin et de Viviers. Cadiat évoque la proximité des mines de Cadayrac, propriétés de la Compagnie. Et donc la possibilité de descendre à bon compte houille et minerai vers Aubin, sauf qu’en 1854, il n’y a pas de voie ferrée pour cela. Elle ne sera en place jusqu’à Rodez qu’en 1860, mais avec une autre Compagnie, l’Orléans après la déconfiture d’Aubin et sa reprise. Cadiat ne manque pas de souligner que l’étendue de la vallée de l’Aveyron lui permettra sur place d’y apporter toutes les industries auxquelles le fer et le charbon servent d’aliments. Pour Rodez, ajoute-t-il, ce sera une réduction considérable du prix du charbon qui s’y consomme.

            La procédure a vraisemblablement été conduite à terme car les affiches officielles de consultation publique que la loi de 1810 prescrit sont bien imprimées…La demande porte précisément sur les communes de Concourès, Montrozier, La Loubière, Ortolès, Lioujas, Pailhorès et Bozouls. Il y en a pour 23 km2 et 43 hectares, valeur considérable…Les recherches avaient permis de trouver à 58 m de profondeur une couche de houille de deux mètres d’épaisseur, objet de sa demande de concession. Cadiat avait également dans la foulée, le premier avril 1854, formulé une demande de vendre à Rodez  les charbons extraits du puits de recherche.

            En 1859, ce sera la Compagnie d’Orléans qui vient d’hériter d’une grande partie des actifs d’Aubin, dont les concessions, qui s’active toujours au même endroit, Alboy.

            François et Nicolas, à des époques différentes, avaient donc les yeux tournés vers Rodez.

           

 

cléBuste François Cabrol, Firmi, ne me quitte pas….

 

            Ne me quitte pas, c’est peut-être ce qu’ont pensé quelques firminois en voyant le massacre se perpétrer. Fin 1941, ou début 1942, l’entreprise Nadal de Toulouse est en train de récupérer le buste en bronze du Maître des Forges. On ne le reverra plus….

firmi            Retour sur le passé.

Nous connaissons tous la statue de François Cabrol, celle de Decazeville. Œuvre de Denys Puech elle fut installée le 29 septembre 1895. Le même sculpteur a également réalisé un buste d’Elie Cabrol et une médaille, deux œuvres enfouies on ne sait où…

Quelques années plus tard, à Firmy, selon l’orthographe de l’époque, la Société mixte de tir, La Revanche prend l’initiative d’un monument à la mémoire de François Cabrol. Ce n’était évidemment que justice, là même où le premier haut-fourneau fut en service. Un monument c’est deux éléments : un buste pour ce qui nous concerne, et le piédestal.

Le buste est offert par Elie Cabrol, et c’est l’histoire de ce buste que nous allons retracer. Le piédestal sera l’objet de financements divers.

1903

Mars 1903, un premier contact...  (document ASPIBD)

   buste cabrol         Emanation du 124ème territorial en caserne à Rodez, cette société de tir n’imaginait sans doute pas les difficultés qui vont se présenter. Elle va évidemment s’adresser aux deux institutions concernées : la Compagnie Commentry et la municipalité de Firmi.

Commençons par cette dernière.

            Le premier courrier au Maire est signalé en conseil municipal le 15 janvier 1903 et on va voir que la réponse des élus est disons…embarrassée ! Pour la forme, et c’est assez amusant et peut être significatif d’une certaine distance au projet, le secrétaire de mairie dans son compte rendu officiel utilise le prénom d’Elie au lieu de François. Une surcharge de la délibération remet les choses en ordre. La Société demande donc l’appui du conseil pour une souscription publique devant couvrir les frais du projet. Après délibération, voici la lettre envoyée au Président de La Revanche.

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de vous transmettre les réflexions qu’a suggérées au Conseil Municipal votre demande de participation à l’édification d’un monument pour glorifier la mémoire de feu Elie François Cabrol.

Le Conseil est loin de méconnaître les services rendus à notre pays par l’ingénieur Cabrol. Il vénère profondément cet homme d’initiative et de progrès, et serait heureux de voir lui donner un éclatant témoignage de sa pieuse reconnaissance.

Mais la situation budgétaire de la commune ne permet pas en ce moment de consacrer la moindre somme à cette œuvre, ce qui serait nécessaire pour provoquer la générosité du public et donner  au fils une preuve manifeste de la vénération que nous professons pour le père.

Le Conseil regrette donc que les premières démarches aient été faites sans prendre son assentiment, ce qui aurait permis de s’entendre sur l’opportunité du moment où cette initiative aurait pu venir utilement sous les meilleures conditions  de succès et de glorification.

Quant à l’emplacement à choisir, le Conseil ne peut prendre de décision sans connaître le plan et la nature du monument.

            La Société de Tir ne s’attendait sans doute pas à cette réponse…

Le 28 janvier le Conseil va toutefois faire une offre de terrain.

Il faudra attendre le 26 juin 1904, un an et demi plus tard donc pour que le Conseil confirme la possibilité d’érection du monument à la Forésie. Il engage la société de tir chargée de préparer cette érection  à hâter les travaux le plus possible pour que l’inauguration ait lieu sans retard.

Un an plus tard, le 16 juillet 1905, le Conseil accepte le don du monument, offre faite par la société de tir, en remarquant que ce monument embellira le quartier et que l’acceptation n’entraînera aucune dépense pour la commune.

 

            Curieusement nous n’avons plus trouvé trace de ce monument dans les délibérations suivantes. Que fut en 1906  l’inauguration, le budget total ?

 

            Le 27 novembre 1955 le Conseil est informé que le Président du Stade Firminois souhaite le remplacement du buste. Celui-ci a donc disparu. En effet on rappelle aux conseillers que le 13 novembre 1941, la commission spéciale départementale chargée de déterminer  les monuments et les statues métalliques devant être conservés, …décidait que le buste de l’ingénieur Cabrol serait enlevé par le service de récupération des métaux non ferreux. L’entreprise Nadal de Toulouse  a assuré cet enlèvement. François, pour son bien apparemment est donc parti pour d’autres cieux, à moins que ce ne soit pour d’autres forges…

            Cette affirmation du conseiller laisse le problème entier. Le buste n’est plus là, mais qu’est-il devenu ? Est-ce pour les besoins de récupération de cuivre, objectif que la commission poursuivait en application d’une loi du régime de Vichy, ou pour une sauvegarde, comme indiqué en 1941 ? La date pourrait d’ailleurs être plus tardive, en 1942, après la loi du 26 janvier. La loi prévoyait effectivement une commission départementale destinée à établir la liste des dérogations…

            Le Conseil propose deux choses : déplacer le piédestal, qui doit commencer à gêner, et écrira au Ministre des Beaux Arts pour le remplacement du buste.

Le 22 janvier 1956 le Conseil décide d’enlever immédiatement le piédestal et de l’entreposer  en attendant un emplacement définitif. Aucune information n’est donnée sur le buste.

 

            Seconde étape : la position de la Compagnie Commentry-Fourchambault et Decazeville.

            Le 22 mars 1903 le Président de la Société de Tir demande un rendez-vous au Directeur local  de la Compagnie. Le 22 janvier 1904 une demande de fonds est officiellement formulée. Le 3 janvier 1905 le Directeur local écrit au Directeur général pour proposer une somme de …100 francs. Pour information, le Compagnie avait participé pour 600 francs lors de la mise en place de la statue de Decazeville, sur un budget total de 7000 francs.

On sait que le budget de construction du socle et des frais d’inauguration était de 2500 francs. La souscription publique avait permis de recueillir 1500 francs.

            Compte tenu de l’impossibilité de la commune de verser un franc, il manque donc 900 francs…Nous n’avons aucune idée  du règlement final  du dossier.

            Il reste donc quelques inconnues, mais il y a également dans ce billet quelques certitudes. Première certitude : le buste était en bronze, ce que la photo de M. Georges peut suggérer. Si cette photo a été faite avant la mise en place du buste, ce qui est fort probable, on peut donc la dater de 1905-1906. Une énorme incertitude : quel était l’auteur du buste ? Et une autre incertitude : si le buste a été déposé pour être conservé, soixante-dix ans plus tard, qu’en est-il ?

piedestal

 







Seul vestige apparent, le piedestal du monument, plus d'un siècle plus tard. Les coulures verdâtres ne sont pas sans intérêt !

Il mérite un sauvetage...


















L'énigme !

Alors ? On est où ?

     Et bien , c'est presque très simple : le buste noir n'est pas le buste noir…et si tout n'était pas perdu en 2015 ?

Rappel : nous avions, mais avec les réserves qui s'imposaient, supposé que le buste de Firmi, mis en place en 1906 suite à l'action de la Société de Tir locale, et disparu en 1942, était le beau buste noir de la photo…

mauroyLe sujet s'annonce un tout petit peu plus compliqué. Le travail et la mise en place de l'Exposition sur François et Elie Cabrol (voir la page spéciale consacrée à la manifestation de l'été 2015) permettent à quelques vérités de voir le jour. C'est ainsi que ce fameux buste s'est montré dans toute sa splendeur un jour d'octobre 1981, lors de la venue du Premier ministre Pierre Mauroy à Decazeville. Les photos de presse en témoignent : un buste fort ressemblant est en place dans la salle de réception…Celui de Firmi ? Une copie ? Une autre copie en plâtre ? En marbre ? Toutes ces hypothèses peuvent être d'actualité en 2015.

 Première certitude, le buste derrière Pierre Mauroy n'est pas celui de Firmi. Enfin une certitude ! Un témoignage non suspect d'erreur nous a été fait. Une personne a ainsi été chargée, au sein du personnel de la mairie,  au moins à  deux reprises, de changer ce buste de place. On peut donc légitimement penser que ce n'est pas celui en bronze, ou alors il était très creux...

 A ce stade, il est donc raisonnable de conclure que celui en bronze est lui à jamais perdu. L'entreprise chargée de son démontage en 1942, que nous avons contactée, n'a plus d'archives et les témoins directs sont eux à jamais disparus.

    Il reste donc quelques questions : où peut-il donc être, depuis 1981, ce buste noir  ? Si une réponse se fait jour, vous aurez la réponse sur ce site ! Et si cette réponse pouvait être d'actualité en 2015, ce serait une sorte de devoir civique à accomplir pour l'Année européenne du patrimoine industriel et technique.

Pour rester dans les mystères, nos recherches sur le buste d'Elie Cabrol, le fils de François,  ainsi que la médaille du même, ne sont toujours pas concluantes en juin 2015. Ou plutôt dans le sens redouté, c'est-à-dire aucune trace de ces deux pièces dans les lieux qui auraient pu légitimement les abriter à Rodez…

mauroy


Le Premier Ministre, Pierre Mauroy, à Decazeville en octobre 1981.

La sculpture offerte est une oeuvre de Fernand Brassac. Et sur la cheminée ?






ina

En 1976, le maire Yves Roques, lors d'une interview par JP Terray pour FR3 (document INA) : le buste était présent...







► Un complément à cette information est : ICI ◄


cadiat




◄ Une malédiction frappe les ingénieurs de Decazeville ! 


Comme son illustre collègue, la tombe de Nicolas Cadiat, au

Père Lachaise à Paris, a perdu son buste...



Nicolas Cadiat, après son passage en Rouergue, réalisera, parmi bien d'autres, un bel ouvrage, le pont d'Arcole à Paris. Il utilisera à cette occasion des rails Barlow de Decazeville. Il sera également, républicain dans l'âme, directeur à Aubin, la vallée concurrente, après son "éviction" decazevilloise ; François Cabrol n'avait pas le même enthousiasme que son ingénieur pour la république de 1848...





cléDe Charybde en Scylla, ou de la Salle au néant....

Un château ici, ou ça ? La Salle, Lassalle, une famille

 salle

Scylla, en haut, et Charybde dans les profondeurs. Chacun  connaît ces deux dangers. Ici la situation est presque semblable. Le château de la Salle (ou Sale) a connu les honneurs, dominant le site. Il a également connu l'enfer, détruit pour toujours par l'avancée du progrès.

 

            Antoine Joulia est le personnage central de cette histoire. Né en 1610 il est originaire d'Anhac, près de Flagnac à quelques lieues des bas fonds de la Salle. La Salle, c'est le lieu-dit, un peu en hauteur, qui domine depuis le versant la vallée du Riou mort. Il y a sur cette pente un château, ou plutôt une grande demeure. Le beau dessin de Forest, paru en 1846  mérite toute notre attention, car il est de plus le seul témoignage graphique connu de ce château. La précision du trait du dessinateur est telle qu'une confiance certaine est de mise pour imaginer ce que fut la bâtisse : 350 mètres carrés au sol, deux corps de bâtiments, et une tour à usage d'escalier. Seul regret, le dessin ne montre pas l'entrée de la demeure, établie là vers 1500 par un de Petri venu d'Aubin.  En 1668 Antoine devient sieur de la Salle par l'acquisition du domaine, château et terres.  L'arbre généalogique, depuis cette date est particulièrement complexe. Des fratries de plus de dix enfants rendent la vision globale un peu difficile, et les mariages entre cousins ne facilitent pas cette compréhension. Les familles du bassin apparentées doivent être très nombreuses…

     lassalle       Dans ces lignées, nous retrouvons Jean Balthazard Joulia de Lassalle, souvent nommé de Lassalle, laissant le patronyme Joulia non usité. Balthazard sera en 1804 attributaire d'une concession de houille. Il habite alors le château. Son frère Jean-Louis l'accompagne dans cette activité en devenir. La concession impériale figure sur une moitié de page du Bulletin des Lois du  12 novembre 1804, avec le numéro 400. Coïncidence ou clin d'œil de l'histoire, cette même page fait état, sous le numéro précédent, 399, du décret accordant au sieur Passelac la possibilité de mettre en place au bas de la cascade de Muret le Château son usine à fers, en employant la houille, et non le bois. On sait, nous l'avons décrit ailleurs sur ce site, que cette installation, bien qu'éphémère et sans suite sérieuse, fut toutefois la toute première installation métallurgique digne de ce nom en Rouergue, signant à Muret une naissance qui allait ensuite se développer avec des moyens bien différents à la Salle. Peut-on imaginer une coïncidence plus curieuse ?

            La concession de Balthazard, dite de Lassalle, Miramont et Lagrange est importante, 20 km2 est-il précisé, 2000 hectares donc. Le préfet, l'ingénieur des mines ont visé la demande. Et un problème apparaît, problème dont nous n'avons pas la solution. Monsieur Balthazard va s'acquitter scrupuleusement des redevances demandées…et quinze années plus tard, (!), en 1819, le 10 novembre, demandera une rectification de cette surface à 130 hectares seulement. Il ne s'agit pas d'une modification mais bien d'une rectification, car le trésor public va rembourser consciencieusement les sommes indues. Pourquoi une telle erreur ? Pourquoi avoir attendu 15 ans ? Ou est-ce une modification, rendue nécessaire par l'impossibilité d'exploiter une telle étendue ?  De 2000 à 130 hectares, la marge est conséquente…En 1819, Elie Decazes est président du Conseil des Ministres, ministre de l'Intérieur, mais n'a peut-être pas à cette occasion, été attentif à cette rectification administrative en Rouergue, bien loin de Paris.

       salle 

Le château de La Sale, en 1835, et croquis de localisation, au droit du plan d'eau actuel de la Découverte


   Le château est habité en 1803. Les deux frères Jean-Louis et Jean Balthazard vont essayer de faire vivre cette concession, sans grand succès, mais c'est un vrai début d'industrialisation de quelque envergure. Apparemment ruiné, Balthazard vend le château et une partie du domaine en 1815, Jean-Louis se séparant à cette occasion de son frère, l'accusant de vendre le patrimoine familial. Ce qui est d'ailleurs parfaitement le cas. Balthazard va alors vivre à la Garinie, près de Montbazens. Ce château est celui de son épouse.

            En 1825 et 1826, les deux frères vendent leurs parts de concession au duc Decazes, en étant totalement ravis de pouvoir se séparer de ce fardeau, et récupérant au passage quelques liquidités. Le duc sera pour eux, dit Balthazard le sauveur de leur vie. Trois ans plus tard, en 1829, le domaine de Lagrange et ses 21 hectares est vendu à la Compagnie. François Cabrol, le tout récent directeur et maître des forges signera l'acte au nom de la Compagnie des Forges. Sur ce domaine les usines vont pouvoir s'installer, quittant la Forézie à Firmi et son espace restreint. Une deuxième page va s'écrire, celle de l'implantation durable, avec hauts fourneaux, fours, usines et laminoirs. Une épopée humaine accompagnera évidemment cette croissance. La Salle deviendra en 1831 Decazes-ville, puis Decazeville, la commune, en 1834, privant d'un trait de plume Aubin d'une grande partie de ses ressources minières. Les deux communes cohabiteront avec quelques difficultés dans la suite du siècle.

            La Salle, dont l'activité naquit donc en 1804 est devenue commune. Le château de la famille de Lassalle est toujours en place en 1842, car il sera incendié à cette date après est-il dit une réunion de francs-maçons. Que devient-il ensuite ? Le dessin de Forest le montre encore bien debout en 1846. Il est apparemment en ruines en 1886, et disparaîtra à la fin du siècle, ou au début du suivant : la progression des travaux de la Découverte lui sera fatale…Quatre siècles de présence donc pour une demeure à jamais disparue. Sur cette Route du Fer, ce passage à La Salle était bien nécessaire, cette houille étant évidemment le complément du minerai du causse dans l'élaboration de la fonte.

            La famille Joulia, sieur de la Salle, autrement dit Joulia de Lassalle, ou de Joulia de Lassalle et enfin de Lassalle a laissé un souvenir très vivace. En dehors du contexte minier,  l'eau minérale de Lassalle fut très officiellement exploitée, et un très joli cachet atteste de cette activité locale, très méconnue. Mais plus connu,  Balthazard Lassalle fut le premier maire élu de la toute nouvelle commune.

 eau

eau minérale de Lassalle,
à consommer sans modération...

cachet d'origine







(doc M. Herranz, ASPIBD)


usine



La Salle, 1829

le tout premier dessin de "l'usine à fers..."
Image d'archives de l'autorisation royale.

Fours et laminoir...






la Salle







...et 
peut-être un des derniers dessins du château de La Salle. Les ruines, qui dominent  le duc , sont évoquées sur ce dessin. Le texte les mentionne à deux reprises. L'article fait suite à la disparition tragique de l'ingénieur Watrin.












Garinie

























▲ C'est ici, près de Montbazens, à la Garinie, que Balthazard de Lassalle vécut,
après la vente du château de la Salle, en 1815.


armoiries
 ▼ cimetière de Lugan
Lugan


*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*

cléTravers-bancs…sur les concessions…..un long chemin tranquille ? Ou une partie de Monopoly ?

  Nous allons retrouver Elie Decazes, Joseph Decazes, Ours Dufrénoy, François Cabrol, Nicolas Cadiat, Brassac St Parthem, Manheric et quelques autres. Ces pépites poussiéreuses mais précieuses apportent des confirmations et éclairages historiques incontestables. Ce travail repose sur une analyse détaillée de documents d'archives privées très récemment remontés à la surface, analyse qui va permettre de préciser la connaissance que nous avons de ces concessions, de leur genèse, comme de celle de la Société des Forges et Houillères (bibliothèque ASPIBD).

 

 dossier

Les travers-bancs permettent de relier des sites d'exploitation miniers. Ils étaient peu ou pas présents sur le causse Comtal, où l'exploitation et le roulage, se faisaient à l'intérieur même des couches productives. Nous allons ici creuser de semblables liaisons entre nos mines du causse et certaines autres concessions, à l'autre bout de la Route du Fer. Un moyen de mieux connaître hommes et techniques.  

 

Nous avons eu l'occasion sur ce site d'évoquer à plusieurs reprises des concessions minières, comme celles de fer du causse Comtal. Une concession n'est pas un cadeau. Elle nécessite une demande, une pétition, à la suite de laquelle une procédure quelquefois très longue mettra un terme : l'attribution par la puissance publique. C'est essentiellement sur la base de la loi d'avril 1810 que nos rappels historiques sont faits, la quasi-totalité des concessions concernées ayant été attribuées par application de cette loi. La Constitution de 1791 avait posé le problème de la propriété et l'article XVII de la Déclaration des Droits de l'Hommes et du Citoyen, en préambule de cette Constitution énonce que

"Art. 17. - La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment et sous la condition d'une juste et préalable indemnité".

Le 27 janvier 1804, une loi va poser les bases de cette propriété. L'article 552 de notre Code Civil actuel en est directement issu :

art 552. La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous. Le propriétaire peut faire au-dessus toutes les plantations et constructions qu'il juge à propos, sauf les exceptions établies au titre "Des servitudes ou services fonciers".

Il peut faire au-dessous toutes les constructions et fouilles qu'il jugera à propos, et tirer de ces fouilles tous les produits qu'elles peuvent fournir, sauf les modifications résultant des lois et règlements relatifs aux mines, et des lois et règlements de police.

 compagnbie

L'heureux propriétaire d'un sol est donc le propriétaire de l'espace au dessus, sans limites (!), avec les étoiles le cas échéant, et du dessous, limité au centre de la terre (!!). Ceci dit, cette propriété est assez théorique. Les ressources souterraines sont généralement considérées comme des biens collectifs. A ce titre l'Etat se réserve le droit de donner les autorisations d'exploitations, et d'attribuer les concessions. Cet acte permet à son attributaire de posséder alors une concession,  propriété entière bien distincte de celle de la surface. Le propriétaire de celle-ci reçoit pour sa part une indemnité, différente d'ailleurs  selon les mines, les profondeurs d'exploitation… Habituellement cette propriété de concession  amène la possibilité de créer des mines. On notera au passage qu'une mine ne se définit pas par rapport à la géographie, surface ou sous-sol, mais par référence à une liste de matériaux : la houille est sur cette liste, le fer également, et donc leur exploitation est du ressort des textes miniers. Une mine peut donc être parfaitement superficielle, et une carrière, pour les autres matériaux non miniers, parfaitement souterraine … Le fameux litige du causse entre Aubin et Decazeville, gagné par F. Cabrol après des années de procédures se déroule sur cette notion de mine et minière superficielle. Il est important de comprendre que la propriété d'une concession, comme toutes les propriétés, est à cette époque, sans limite de durée. Elle peut de plus être vendue, héritée, cédée…contre rétribution bien sûr. Et il y a même des cas où le pétitionnaire vendra sa concession future (non attribuée ! ) : une opération purement spéculative , être le premier, obtenir la concession et s'en débarrasser ensuite avec plus value. Une partie de Monopoly ? Ce fut le cas plusieurs fois, à Firmy et à Combes.

L'exploitation se situe évidemment  à l'intérieur des limites de la concession. Si la progression des travaux exige de les dépasser, il y aura une nouvelle procédure. C'est ainsi qu'en 1907, Commentry devra acquérir la concession de Muret, propriété d'Aubin, sur le causse pour pouvoir développer et poursuivre vers l'est ses travaux des Espeyroux. A Decazeville et Aubin les situations sont nettement plus complexes : proximité de multiples concessions, pour de la houille ou du minerai de fer, proximité qui peut parfaitement être superposition. Sont également directement concernés tous ceux qui sont présents, avant toute concession. Ces propriétaires exploitants, à priori autorisés et payant redevance, mais il y a des illicites et clandestins, font valoir leurs droits, comme le font ceux qui ont acheté ces droits.

 Vous suivez ? C'est quelquefois bien plus compliqué que les plans de mine ! Dans plusieurs cas, nous avons rencontré des rapports d'ingénieurs des mines employant le mot confus…Il y a même des cas où l'administration avoue ne pas pouvoir établir les origines !

 

Ce long préambule nous permet d'introduire quelques péripéties procédurales. Ce sera l'occasion de mieux faire connaissance avec les personnalités des uns et des autres, de leur sens des affaires. Nous allons également rencontrer dans les dossiers de 1825 un albigeois pour nous incontournable, et un géologue célèbre, en découvrant des lettres de première main, celle du Duc, qui vont confirmer nos connaissances historiques sur la création des établissements. Il n'est évidemment pas question  de développer ici l'histoire des 25 concessions, dont 7 de fer. Seules sont évoquées celles pour lesquelles des dossiers consistants permettent un rapprochement avec le causse Comtal et nos préoccupations.

 decazes



duc de Cazes et

de Giuk-Burn ???



Dans les bureaux de Villefranche, on a un peu de mal à bien situer le personnage ...et ses titres !









Concession du Négrin, et Ruhle

 

La Compagnie des Houillères de Ruhle est établie le 20 juin 1856. Le puits Sainte Geneviève sera le puits principal de la mine de Ruhle. Cette concession touche à celle du Négrin, propriété de la Verrerie de Penchot, concession accordée le 19 août 1850, et demandée le 25 juillet 1846. Le 19 septembre 1846, les frères Riant avaient formulé la même demande. Le 11 février 1847, Monsieur Decazes (non pas le duc, mais son frère Joseph) fait une demande en concurrence de Penchot qui souhaite une extension du périmètre. Joseph Decazes est propriétaire de la concession voisine de Lavergne. Demandée donc par Riant au nom de la compagnie d'Aubin en 1846, la concession est attribuée à Penchot en août 1850. Au passage nous avons donc noté la présence vigilante de Joseph Decazes…

Sur le site de Ruhle, les forges d'Aubin seront impliquées , demande faite le 4 juillet 1857, en concurrence avec la demande de Calvet Rogniat le 14 juillet 1857. C'est Léon Say qui sera concessionnaire le 25 juin 1860. Cette concession de Ruhle sera amenée en apport en nature par des administrateurs de la Nouvelle Société de Decazeville, en 1868.

 

Concession de Lacaze et Fontaines

 

Cette demande en date du 22 juin 1833 est signée Van Brienen, régisseur-caissier chargé de l'intérim de la direction de la Compagnie des Houillères et Fonderies de l'Aveyron. François Cabrol n'est pas aux commandes ? Ceux qui ont parcouru les chapitres du site savent que le capitaine, en délicatesse avec les conclusions d'un rapport  d'un actionnaire, Pillet-Will, a démissionné. Il ne reviendra qu'à la fin de la décennie. L'Annuaire des Sociétés Anonymes  de J. Bresson l'ignore en 1839, et le fait apparaître dans son édition de 1840, comme administrateur suppléant.

La concession demandée touche à celle de Sérons et Palayret, propriété du duc. Le directeur par intérim justifie sa demande par la proximité de ses exploitations. Accordée le 8 mai 1836, elle donnera lieu à litige devant tribunal. La procédure sera conduite par un autre directeur, James Bourdillon, en juillet 1837. François Cabrol est toujours absent…

 

Concession de houille de Lassalle, Lagrange et Miramont

 

Cette concession appartient à Joulia de Lassalle. On connaît l'amusante histoire de sa surface : l'ordonnance du 21 brumaire an 13 (novembre 1804) fait état, article 1,  d'une superficie (ahurissante ! ) de vingt kilomètres carrés. Joulia de Lassalle, ne demandera officiellement rectification  que le 1 novembre 1818. Cette rectification à 130 ha, quinze fois moins (!) est publiée le 10 novembre 1819. L'erreur est pour nous une énigme : trop importante pour ne pas avoir été perçue dès 1804, d'autant que Joulia va s'acquitter des droits sur les 2000 ha. Un remboursement sera prescrit en 1819….Le dossier d'archives ne propose pas les rapports des ingénieurs des mines, absents, et qui auraient peut-être pu éclairer ce mystère…

La concession est vendue par les frères Lassalle au duc Decazes le 17 octobre 1825 pour 100.000 francs. Comme souvent un litige apparaît, concernant les droits de Balsa de Firmi sur ces terrains. En 1843, de retour aux commandes, François Cabrol aura à connaître de ces problèmes d'occupation préalable, remontant à 1807 pour certains.

 combenegre




Demande en concession de Combenègre, pour du fer.


Concession peu connue et peu exploitée, près de Villefranche de Rouergue.

La demande est faite par Théodore Decazes, au nom du duc.









Concession de Sérons et Palayret

 

Ce dossier est très instructif. Il va nous permettre de comprendre la mécanique exacte, et ici une peu surprenante, menant à concession. Les droits premiers sont ceux de Donzac, qui vend les charbonnières à Delsol le 22 septembre 1816.

Le 2 mai 1825 une demande de concession est faite par le duc Decazes. La Compagnie du duc n'est  pas encore constituée à cette date, elle ne le sera que le 28 juin 1826.

Dans sa pétition transmise au comte d'Arros, préfet de l'Aveyron, et datée de Libourne le 2 mai par le fondé de pouvoir général du duc Decazes,  celui-ci en 28 lignes seulement fait part de son intention d'obtenir concession des terrains du Lot à Firmy, autres que la concession de Sérons déjà sa propriété. Sa motivation est de donner un grand développement aux richesses en ce moment abandonnées… Il demande donc  1° toute la portion du terrain houiller du canton d'Aubin, autre que celui occupé par la concession Lassalle et Sérons (…) comprenant Cahuac, la Vaysse, la Valserie, Bourran, la Martinie, le Puech, Vialarels, Serons, le Poux, Palayret, Pomares, Aubin, Cransac, Boredon et tous les autres compris dans le rayon de la carte ci-jointe.

Il n'est pas interdit de constater d'une part l'importance de cette demande, et d'autre part une forme juridique disons…légère.

Le paragraphe suivant de la pétition est tout aussi important. Sa Seigneurie demande permission

2) d'élever en y employant environ 1.500.000 francs trois et un plus grand nombre de hauts fourneaux à la Buegne ou autre lieu du dit terrain houiller….

La dernière phrase précise Le tout à la charge de S.S. de payer les droits

 

Au dos de cette copie de lettre, 9 lignes :

Albi,le 23 mai 1825

Monsieur et Cher Collègue

J'ai l'honneur de vous envoyer la requête que je me suis chargée de vous faire parvenir. Je vous prie d'en ordonner l'enregistrement et l'envoi à Monsieur L'Ingénieur en Chef des mines. La carte annoncée n'est pas jointe mais j'aurai soin qu'elle soit envoyée incessamment à Mr D'Aubuisson.

Mon frère qui aura l'avantage de vous écrire désire qu'en attendant vous veuillez faire remplir seulement le préalable de l'avis de l'Ingénieur en Chef qui le mettra à même de faire, s'il y a lieu, compléter ou rectifier sa demande et qu'il ne soit procédé aux affiches que lorsqu'il s'en sera entendu avec vous,

agréez,,,

 joseph decazes

le comte d'Arros, Préfet de l'Aveyron, n'a pas laissé de commentaires écrits, et transmet comme il se doit à l'Ingénieur en Chef à Toulouse, le 28 mai.

Nous pouvons remarquer ici que cette demande est bien curieuse. Dans sa forme, elle ne respecte rien, nous allons pouvoir le constater un peu plus loin, et on notera une implication très officielle d'un préfet dans une entreprise parfaitement privée, dans laquelle son frère est pleinement concerné. Le préfet du Tarn Joseph Decazes écrit à son Collègue, et précise même au cas où ce ne serait pas bien compris, l'urgence de transmettre, même sans carte jointe (!), et de préparer l'avis de l'Ingénieur.

L'Ingénieur en Chef de Toulouse est alors  Monsieur d'Aubuisson de Voisins. Natif de Toulouse, il est en poste depuis 1811. Il connaît parfaitement les ressources rouergates et les hommes. Géologue, il publia en 1825 dans un domaine autre des Considérations sur l'autorité royale et sur les administrations locales. Il n'ignorait rien des procédures minières et avait un sens très aigu du respect des lois. Sa réponse au préfet de l'Aveyron est datée du 4 juin 1825. C'est non seulement une très claire leçon de droit qu'il se permet de formuler, mais aussi une belle page d'histoire locale, avec son analyse très précise du contexte local. Voici dans son intégralité cette lettre, à savourer ! (orthographe respectée ainsi que le soulignement)

 

Toulouse le 4 juin 1825

à Monsieur le Préfet de l'Aveyron

 

Monsieur le Préfet,

J'ai reçu avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 du mois dernier, la pétition par laquelle M. le Duc de Cazes demande la concession des houillères du canton d'Aubin.

Conformément à votre lettre, j'ai examiné les pièces jointes, et, malgré les égards dus à la haute dignité du demandeur, je ne pense pas que dans son état actuel elle puisse être admise et affichée : des données très importantes exigées par la loi et les règlements y ont été omises et doivent être ajoutées.

L'instruction ministérielle du 3 août 1810, pour l'exécution de la loi sur les mines du 21 avril même année, veut que les pétitions en demandes de concession indiquent l'étendue de la concession demandée, les indemnités offertes aux propriétaires des terrains et à celui qui a découvert la mine (A, p 2). Aucune de ces conditions essentielles n'est remplie.

La première l'est bien il est vrai par approximation mais elle doit l'être d'une manière précise, il faut que la pétition porte l'indication formelle des limites. sans cela les propriétaires des terrains qui pourraient être lésés dans la concession demandée et qui seraient en droit de faire des réclamations, ne sauraient pas si leur terrain ou telle partie de leurs terrains y est enclavé et la loi serait éludée.

Il n'est rien dit de l'indemnité due aux propriétaires de la surface ; cependant d'après les art 6 et 42 de la loi précitée, tout propriétaire d'un terrain sur ou sous lequel une exploitation a lieu a un droit sur le produit de l'exploitation et ce produit est réglé par l'ordonnance de concession. Le demandeur fait dans sa pétition une offre à cet égard (tant par hectare de terrain). Les propriétaires font leurs observations ou réclamations sur cette quotité et le gouvernement se prononce.

Il n'est encore fait aucune offre à ceux qui ont découvert la mine demandée en concession, ni à ceux qui les exploitent actuellement, et cependant ces exploitations sont reconnues par le Gouvernement, qui les soumet annuellement à redevance.

Les trois déclarations préalables que tout demandeur en concession est tenu de faire, doivent être à plus forte raison faites et exigées dans ce cas où il ne s'agit rien de moins que de changer tous les usages d'un pays, de prendre sur des droits déjà reconnus, de donner à un concessionnaire une propriété que les habitants ont toujours regardée et regardent encore comme la leur, d'introduire le régime (d'ailleurs convenable) des concessions dans une contrée où il est en défaveur, et d'où il a été même une fois repoussé avec violence. Il faut dans une affaire aussi délicate, que toutes les formalités voulues par la loi et les règlements soient exactement remplies.

En conséquence, je vous prie de communiquer les observations ci-dessus au pétitionnaire, en lui renvoyant sa pétition avec invitation d'y suppléer les trois articles sus mentionnés. Vous pourriez lui faire observer 1° qu'il est dans son intérêt de demander en même temps la concession du minerai  de fer contenu dans le terrain houiller qu'il a désigné. Car le droit d'exploiter un minerai n'emporte pas celui d'en exploiter un autre dans le même terrain. 2° que sans une demande en concession de mines, ce qui concerne les usines est donc d'usage et superflu.

Dès que la pétition avec les augmentations ci dessus vous sera revenue, veuillez m'en faire le renvoi ; et je dresserai de suite et conformément à l'art 24 du décret du 18 9bre 1810, le projet d'affiche.

Au reste, d'après la forme et teneur de la pièce qui vous a été adressée, il me parait qu'on a moins en vue de faire une demande en concession en forme, que de s'assurer un droit de priorité. D'après cela, votre lettre de renvoi, servant en même temps d'accusé de réception (s'il n'a été déjà fait) porterait que vous accueillez le fonds de la demande et que vous désirez seulement qu'il y soit fait quelques additions nécessaires à sa publication.

 

L'ingénieur en chef des mines,

signé d'Aubuisson du Voisin.

 

Il n'y a rien à ajouter, copie à refaire donc, du début à la fin ! Parmi les remarques faites, il en est une très juste, celle de l'absence de demande en concession du minerai de fer. Si on souhaite comme il était dit investir dans des hauts-fourneaux il faut…du fer ! Cette évidence semble avoir échappé à cette date au duc…Mais il n'en est rien, bien sûr !  L'affiche publique du 27 septembre 1825 qui sera imprimée pour cette demande de concession est signée Théodore Decazes, par procuration du duc. Dans sa pétition en date du 24 juillet, il tient évidemment compte des remarques. Un long paragraphe, inhabituel en la matière, justifie cette demande et essaie dans la mesure du possible d'annuler toute résistance.

Il y avait donc des usages dans ce pays, comme le souligne M. D'Aubuisson. Les oppositions à la demande existent. Le duc est déjà présent, et on craint que les usines n'absorbent par exemple la totalité des charbons. Il y a en place un Directeur général des mines de houille et de fer, et des forges et usines appartenant à M. le duc Decazes. Ce directeur est J.J. Lecour. l'entreprise industrielle formée par lui et le duc dans ces contrées rencontre des oppositions et nécessite un article de Lecour dans le Bulletin de l'Aveyron du 17 novembre 1825. A la même date Lecour écrit au préfet. Il se défend de toute intention de monopole et formule des propositions pour retrouver la confiance des habitants.

L'ordonnance de concession est prise le 9 janvier 1828. Elle mentionne la demande du duc en date du 24 juillet 1825. C'est évidemment la date de la copie refaite du duc Decazes.

Au-delà des péripéties administratives, nous retenons la présence attestée de Joseph Decazes  en mai 1825, comme celle de Dufrénoy.  C'est à notre connaissance la première apparition publique du préfet dans le dossier, ainsi que celle du célèbre géologue. L'explication de texte est donc la suivante.

 

Entre le 4 juin et le 24 juillet, Elie Decazes s'est évidemment activé, pour reprendre sa copie et formuler de manière plus orthodoxe sa requête. Il lui faudra un mois pour reprendre ce travail. Le 11 juillet une longue lettre à M. D'Aubuisson est envoyée depuis Alby. Sa lecture permet de mieux comprendre l'action du Duc. Il y a d'abord, dès la première phrase, l'apparition de Ours Dufrénoy. Sur ce site il y a un billet le concernant. Rappelons simplement que ce géologue qui fut à l'origine de la carte géologique de la France, la première qui puisse porter ce nom, avait deux ans auparavant, en 1823-1824, parcouru l'Angleterre et ses usines pour un voyage métallurgique. Ses compétences étaient un atout certain, et le duc ne pouvait mieux choisir son conseil. Accessoirement, l'épouse de Dufrénoy est née Jay. Elie Decazes avait côtoyé à Libourne le père de la mariée, et une tante du duc était Jay…

 Cette lettre du 11 juillet  confirme la volonté première, faire de la fonte. Vendre du charbon est même écrit-il un objet fort accessoire…Rédigée depuis Alby, l'implication de son frère dans cette création industrielle est donc parfaitement attestée. Il est de ces amis qu'évoque Elie, futur industriel et déjà entrepreneur. Il n'y a pas par contre mention de Lecour, qui se présente trois mois plus tard comme son directeur général….

 

11 juillet 1825

à Monsieur d'Aubuisson de Voisin à Toulouse,

Monsieur Dufrenoy veut bien se rendre auprès de vous, Monsieur, pour vous soumettre les projets de requête que je me propose de présenter pour mes établissements futurs d'Aubin et de Villefranche et qui ont été rédigés d'après les observations contenues dans vos lettres du 23 juin dernier à Mr le Préfet aux quelles je me suis conformé autant que j'ai pu. La vente du charbon étant pour moi et dans le but que je me suis proposé un objet fort accessoire, voulant d'ailleurs léser aussi peu que je le pourrai les intérêts privés, j'ai réduit ma demande de concession et l'ai limitée au territoire indispensable pour la consommation et la sûreté des usines que je me propose d'élever. Je propose même, comme vous le savez par la minute de ma demande, de laisser les exploitants actuels continuer leurs exploitations si  je n'ai pu parvenir à traiter avec eux comme je l'ai fait avec ceux de Lavaysse, du Crol, de Lavalserie, de Lamartinie, de Palayret, de Fraysse, Sérons, le Poux. Je pourrai  encore comme je vois qu'on l'a fait pour la concession des houillères du Var (ordonnance du 30 avril 1823) m'engager à fournir à ces exploitants s'ils étaient privés de leurs exploitations une quantité déterminée de charbon soit au prix d'extraction soit pour rien pendant la durée des travaux possible dans leurs fonds.

J'aurai d'avance traité avec tous comme je l'ai fait avec quelques uns, si la connaissance de mes projets n'avait pas élevé tout à coup leurs prétentions d'une manière ridicule.

On avait effrayé quelques personnes par l'idée de monopole et d'une augmentation du prix du charbon. Je crois avoir rassuré tout le monde aujourd'hui sur mes intentions positives de ne pas augmenter ce prix, mon offre de laisser exploiter les permissionnaires actuels, prouvant encore plus combien je suis loin de cette pensée.

Une entreprise aussi vaste que celle que je me propose de former avec quelques amis, a besoin de l'appui du Gouvernement et de sa justice. Je n'aurais jamais songé à l'entreprendre, si elle ne m'avait donné l'espoir de rendre un grand service à mon pays et à celui où j'ai fait ces acquisitions. Je ne peux espérer d'atteindre mon but, Mr,  qu'autant que vous voudrez bien m'aider de vos conseils et de votre bienveillance. J'ose la réclamer pour un établissement aussi utile qui vous devra une grande partie de sa prospérité si vous voulez bien lui accorder votre protection.

Agréer, Monsieur…..

Alby, 11 juillet 1825,

signé le Duc Decazes

PS  Si vous le jugez utile ou  convenable  j'ajouterais à ma demande l'engagement de ne pas augmenter le prix du charbon pour la consommation locale.

 

Monsieur l'Ingénieur d'Aubuisson, qui a compris toute la complexité du dossier comme son importance, répond le 12 juillet, le lendemain ! Cette rapidité est peut-être due à la présence de Dufrénoy, camarade géologue de d'Aubuisson, qui s'est chargé apparemment de porter le courrier et négocier les points administratifs qui auraient pu retarder la publication de l'affiche.

 

12 juillet 1825

Monsieur le Duc,

Vous avez été trop bon de me donner dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, des détails sur votre future entreprise, ainsi que sur les sentiments de justice, je pourrais dire de générosité envers les exploitants du canton d'Aubin.

Je me ferais un vrai devoir, si je le pouvais, de concourir à l'exécution de la vaste entreprise que vous projetez, entreprise d'un grand intérêt dans le rapport de l'industrie nationale, et qui ne peut qu'augmenter le bien-être du pays ; et ce devoir je remplirais avec zèle, et avec les moyens qu'une assez longue expérience peut m'avoir donnés. Je voudrais pouvoir vous aider à lever les nombreuses difficultés que j'entrevois, non sous le rapport administratif, car il n'apparait y en avoir aucune, mais sous le rapport de l'art.

Dans les premiers moments, je n'ai eu à juger que de la forme, et en vraie machine exécutoire des lois et règlements, j'ai travaillé à y rendre vos demandes entièrement conformes. Je me suis expliqué avec mon camarade M. Dufrenoy sur cette conformité. Dès que ces demandes me seront renvoyées par M. le Préfet, je dresserai le projet d'affiches.

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée, votre très humble et très obéissant serviteur

D'Aubuisson de Voisin,

Ingénieur en Chef des mines

 

Toulouse le 12 juillet 1825

 

A Monsieur le Duc de Cazes

 

La machine exécutoire des lois et règlements appuie totalement le projet qui sera donc l'objet de l'affiche de fin juillet, portant publiquement l'intention du duc.

 

La suite ? Pas entièrement tranquille ! Nous avons évoqué les oppositions locales. Elles vont faire l'objet de tractations. Un acte (des actes) témoigne dans les archives de ces oppositions. Celles de propriétaires exploitants, il sont au moins dix à signer ces accords. Présents sur le territoire, payant redevance fixe et redevance variable,  ils vont négocier leur autorisation et vendre celle-ci au Duc Decazes. Un traité, d'août 1826, confirme ces accords et règlera leurs dispositions. Ils sont alors 45 (!) à se manifester opposans. Il y a sûrement beaucoup d'espoir de richesse…

 

Il y a enfin, en novembre 1825, une lettre étonnante, de Brassat St Parthem, maire d'Aubin. Le 14, il écrit à Monsieur le Comte (non identifié, probablement le comte d'Arros, Préfet de l'Aveyron) :

La concession demandée par Monsieur le Duc Decazes a déjà fait bruit à paris, et excité l'envie de quelques personnes qui se disent puissantes.

On apprend donc qu'un officier de gendarmerie de Villefranche a informé Monsieur de Larroche-Foucaut du voyage du duc en Aveyron, ce qui amena ce monsieur à s'informer sur les richesses des mines qui paraissaient être l'objet du voyage de Monsieur le Duc. Il est alors attendu, précise le maire,  que M. Dufrénoy revienne à Paris. L'officier de gendarmerie est ensuite invité à accompagner deux messieurs à Aubin. Ces deux personnes sont Monsieur le Chevalier de Mirmont, maire de Vienne, département de l'izère, et député, et Mr (illisible) de Paris. Ils sont tous deux membres de la compagnie d'exploration et d'exploitation des mines…Ce voyage les amène à se poser en concurrents au duc. Je ne puis vous dire encore si le traité sera accueilli (…) Au fonds la rhumeur est grande, il en coute au particulier de céder sa mine pour rien tandis qu'il a vu son voisin la vendre pour un grand prix…Cette opposition un peu tardive sera sans suite. Il semble même que la demande en concurrence n'ait pas été formulée ; rien n'est dit sur cette concurrence dans les textes ultérieurs. Accordée le 9 janvier 1828, au Duc, avec mention de trois demandes en concurrence Malvezy, Gilson et Demachy.

 

La personnalité évoquée par le maire d'Aubin est sans doute M. François  Alexandre Frédéric de La Rochefoucauld, duc de Liancourt, puis duc de La Rochefoucauld. Philippe  Paul de Tessières de Miremont  Chevalier de Miremont est l'un des deux visiteurs, arrivés ce samedi soir vers neuf heures. Le second n'est pas identifié, et nous n'avons aucune information sur la compagnie évoquée…

 

Concession de Firmy, Rial, Rieumort réunis, houille

 

Sur nos chemins de traverse, cette concession se distingue par la partie de Monopoly à laquelle elle va donner lieu, avec pas moins de trois joueurs principaux, plus quelques autres.  A l'occasion on découvre un François Cabrol très énergique.

A l'origine il y a une concession Fualdès du Rial, du 6 mai 1818. Le 14 février 1825 une vente est faite à Lecour, le directeur évoqué ci-dessus, ce qui permet alors à Demachy de préciser au préfet, le 14 février 1826, que ses droits ne sont pas tenus. Il fait une demande en opposition au duc, et évoque à son tour le monopole du duc Decazes. Une vente Fualdès -Decazes est actée le 5 juin 1826.

            Le 23 avril 1830, la Compagnie des Forges est alors en place avec F. Cabrol, M. Manheric, maire de Firmy demande une concession de houille. Son adjoint Fualdès en fait autant le 20 juillet. F. Cabrol signe alors avec Manheric un acte à la suite duquel le maire poursuit sa demande de concession, mais s'engage à la vendre à Cabrol dès son obtention. L'acte est daté du 26 août 1830. Et quatre jours plus tard…le même Cabrol dépose une opposition et demande la concession à son profit. Une justification est donnée par la présence d'un feu dans les exploitations de Manheric. On ajoute ensuite au dossier les rapports  et les  oppositions aux oppositions..Le 9 juin 1831 Manheric vend sa concession (non encore obtenue)  au duc Decazes. Le Gouvernement accordera la concession  le 24 août 1832 à la Compagnie des Forges, sifflant la fin de la partie de Monopoly…Que furent ensuite les relations  croisées entre le directeur des forges, le maire de Firmy et l'adjoint au maire ?

 

Cette concession permet de retrouver Nicolas Cadiat. On sait que l'ingénieur républicain, proprement remercié en 1848 avait quitté Decazeville pour Paris. En 1855 il est de retour au pays ! Pas très présent physiquement sans doute, il est directeur de la compagnie d'Aubin, le concurrent voisin. F. Cabrol s'oppose à son ancien collègue et à sa demande de concession de houille à Firmi, formulée en novembre 1854. Il rappelle qu'il a fait la même demande en extension en 1839.

 manheric








La demande en concession de M. Manheric, maire de Firmi : une opération purement spéculative...











Le comte d'Arros, préfet de l'Aveyron

La quasi totalité des demandes de concession sont passées par les mains du comte d'Arros, préfet en place de 1820 à 1828. Il est donc normal de faire connaissance du comte, qui fut très impliqué en Aveyron, au point d'être un temps un des pénitents bleus de Villefranche de Rouergue, comme Elie Decazes ou Humann...

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comte d'Arros

Pour clore cette longue page historique, un paragraphe amusant : savez-vous pourquoi le papier de l'action de la Société du duc était-il rouge ? Non ? Amusant, mais très sérieux ! Voici donc la réponse.

 

cléActions et…réaction ! Rouge et vert, les couleurs de Decazes-ville…

 

A sa création , la société a émis des actions de deux natures bien différentes. Il y avait les rouges, d'où la couleur du papier, un grand format 39 cm par 39 cm, des actions qualifiées d'ordinaires. Elles sont cessibles et donnent droit de vote. Leur prix est de 3000 francs. Il y avait également les vertes. Celles là ne sont pas cessibles et ne donnent pas droit de vote. Elles sont la propriété exclusive du duc Decazes. Non cessibles elles constituent la contrepartie de l'apport en nature du duc de ses concessions et autres propriétés à la Société. Il ne doit s'en séparer que s'il y a dissolution ou à la fin de la Société, en récupérant alors ses biens. A l'origine, le duc Decazes souscrit 160 rouges (et verse évidemment 160 fois 3000 francs), et reçoit 300 actions vertes. Au premier doublement du capital, en février 1829 le duc prend 84 actions rouges. On lui attribue 300 actions vertes supplémentaires. Le 13 avril 1832, nouveau et dernier doublement de capital à 7.200.000 francs. Il est émis 600 nouvelles rouges, rapportant dans les caisses 1.800.000 francs. Le duc reçoit 600 rouges en échange des 600 vertes et devient alors actionnaire "normal". A cette même époque il obtient 1/4 des bénéfices sur le capital de 5.400.000 francs : somme des 3.600.000 et 1.800.000 francs. Auparavant il avait droit au 1/3 des bénéfices sur le capital de 3.600.000 francs. C'est pour lui un sacrifice, consenti par sa générosité et son souci de voir se développer les établissements créés. Cette histoire serait finalement simple si les actionnaires et le duc avaient bien pesé les mots. Les vertes n'auraient jamais dû porter le nom d'actions, mais de titres, ce qu'elles étaient en réalité, contrepartie d'un apport. Il n'y a pas là qu'une simple subtilité de langage.

En effet, et contrairement à ce qui est très largement pour ne pas dire unanimement écrit et repris, la compagnie n'a pas attendu trop longtemps pour constater des bénéfices. Elle n'a même pas attendu du tout. Les comptes présentés au nom du duc par M. Humann, président du comité d'administration, le 1 avril 1830 constatent un bénéfice de 126.267,98 francs. Le tiers de cette somme, 42.089,26 F revient au duc, et 84.178,52 aux actionnaires. Un écart existe, 20 centimes…Le 21 avril 1831, le même président constate un bénéfice de 176.454,08 francs, sur lequel 58.227,03 appartiennent au duc et 116.454,08 aux actionnaires.

En comptant bien le duc reçoit donc dès le début 100.316,29 francs sur ces premiers exercices. On peut noter  la rentabilité de l'entreprise : 3,5% au premier exercice, et 4,9% au second. (ratio calculé sur la capital souscrit de 3.600.000 francs).

 

Le duc ne recevra rien ! le Comité d'Administration, dont il est membre, décide de ne rien verser et de mettre en réserve ces sommes, celles du duc et celles des actionnaires, mais sommes de nature juridique fort différente, ce qui avait un peu échappé à tous…

Il faudra attendre le 21 juin 1854, plus de 22 ans plus tard, pour retrouver cet épisode. Le duc vient en effet demander à la Compagnie, alors florissante, le versement de ces 100.316 francs. Les 23 pages d'un rapport d'avocat, plus 6 pages d'exposé de la situation sont nécessaires pour que les administrateurs puissent enfin comprendre que les vertes étaient en fait un titre de propriété, que le duc avait donc une créance…qu'il fallait donc payer. Voila très simplement pourquoi le papier des actions (rares ! ) de la Société était rouge ! L'avocat chargé de débrouiller cette affaire et qui signe le rapport est Victor Lefranc, avocat à la cour impériale de Paris.  Il sera ministre plus tard.

 lefranc

 




action
Cette action, portant le numéro 522 est nominative. Elle appartient  en propre au duc De Cazes, avec une orthographe toujours aussi aléatoire... Faisant suite à la  dernière augmentation et modification du capital, elle est datée du 27 juin 1833. A cette date, les vertes ont définitivement disparu...

document F. Cifré, DR, 2013
www.numistoria.com

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clé
une lettre du duc, 19 juin 1826, date importante !

decazes


◄ document col. Jean Rudelle




Nous sommes ici dans l'anecdote, mais la date est essentielle, l'avenir industriel de l'Aveyron est scellé !



Vendredi 16 juin 1826, samedi 17 juin, Paris,

 

          Ces deux jours ont marqué le Rouergue pour toujours ! Chez M. Humann, puis en la demeure du duc Decazes, le notaire Dubois recueille les accords des premiers actionnaires de la Société des Forges et Houillères de l'Aveyron, créée à l'initiative du duc. Le lundi suivant, le 19 juin donc, le duc transmet lui-même au Ministère de l'Intérieur l'expédition régulière des statuts.

          La lettre d'Elie Decazes, dix lignes, ancien Ministre faut-il le rappeler de ce même Ministère, est adressée à M. Sénac, chef de Bureau. M. Sénac est effectivement à cette date le chef du bureau du Commerce, appartenant à la Division du Commerce et des Manufactures du Ministère de l'Intérieur. Parmi ses attributions nous avons relevé l'instruction des demandes en autorisation des Sociétés Anonymes (in Almanach Royal). Ce chef de bureau n'était évidemment pas un inconnu pour le duc. Il en était également de même pour M. Labiche, évoqué dans la lettre. M. Labiche était lui chef de Division au 101 de la rue de Grenelle-Saint-Germain, au Ministère, à l'époque où le duc était  Ministre. Il dirigeait en 1819 la VII ème Division, compétente en Agriculture par exemple. Tout est donc en place pour que les statuts soient très rapidement publiés : le duc rappelle d'ailleurs la promesse de signature de l'ordonnance pour le 21. L'enregistrement par le notaire sera fait le mardi 20 juin. Le 28 juin 1826, l'ordonnance de Charles X a bien été prise et fait l'objet de publication au n° 104 bis du Bulletin des Lois du Royaume. Les débuts légaux de la Société n'ont posé aucune sorte de problèmes. L'épisode des actions vertes et rouges, avec la confusion juridique décrite plus haut,  est même totalement absente des esprits.

Le duc évoque Etiole, dans l'orthographe de l'époque. C'est là que résidait le comte Beaupoil de Sainte-Aulaire, son beau-père. Un seul mot de la lettre nous pose problème : à mes parents à Etiole…Est-ce bien parents ? Difficile à lire…

La formule de politesse dépasse, il faut le noter, ce qu'un simple courrier administratif nécessiterait. Pour l'anecdote, il n'y a qu'un paté, au début de la ligne deux, l'encre a même largement bavé au verso, et une seule rature, le duc corrigeant Ce retard...au lieu de Le retard. 

                          decazes
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